Juste une fragile poussée, son souffle sur ma joue. On rit, on boit, on fume, on oublie. Mais, les peurs restent là. Qu'importe notre déchéance vouée à l'amnésie profonde, cela reste inscrit dans notre esprit, telle une cicatrice éc½urante. Et toujours cette pensée, jusqu'à la fin, jusqu'au dernier instant : Que va-t-on faire ? Parfois, cela semble juste être une question stupide, la réponse est tout simplement évidente. L'envie grandit en nous, l'impatience se fait insupportable : on veut faire ça, dans l'immédiat. Et l'idée ne nous quitte plus. Une pensée artistique qui soudain nous donne un but. C'est inespéré, et l'on n'a alors qu'une seule envie : l'exécuter. Néanmoins, comme toujours dans ces cas-là, les circonstances ne le permettent pas. On étouffe alors, on devient nerveux : l'idée va disparaître, loin, loin, si loin qu'elle ne reviendra plus, et la seule chose qui subsistera ne sera que ce goût âpre dans la bouche, de la défaite, de la cigarette qui s'est éteinte. Et finalement, le jour se couche, emporte cette illumination qui nous a animés. On retombe alors dans cette apathie qui nous est familière, cet instant suivant où les doutes remplacent de nouveau l'assurance. Et la question revient : Que va-t-on faire ? Inlassablement, elle se répète dans notre esprit, nous angoisse, empêche notre sommeil. Et chaque nuit, la peur de l'avenir revient : une phobie grandissante que rien n'arrête. Mais pour l'instant, faisons semblant que tout va bien. Rions, fumons, buvons. Après tout, l'oubli est si simple. Nous réfléchirons plus tard.